Vitraux – Cathédrale de Bayeux 

En 2012, pour accompagner la restauration des maçonneries des baies du transept, dont certaines avaient été entièrement détruites au XIXe siècle, la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) Normandie a initié ce projet de commande de vitraux. Il s’agissait de faire dialoguer la création contemporaine avec le patrimoine en inscrivant une œuvre nouvelle dans l’histoire de l’édifice.
Le cahier des charges invitait à concevoir des vitraux qui privilégieraient la lumière naturelle des baies du transept, à l’image de celle qui inonde l’allée centrale, bordée de vitraux clairs datant du XIXe siècle.
En réponse à cette attente, j’ai très vite pensé au prisme. Un prisme qui bien que transparent, peut projeter un ensemble de couleurs lorsqu’il est traversé par les rayons du soleil. Je me rappelais l’émerveillement quasi enfantin devant l’apparition momentanée d’un arc-en-ciel lorsque des rayons de lumière traversent le chant d’une vitre.
De cette image est née l’idée du projet : des prismes, taillés comme des diamants, seraient sertis au plomb dans chaque carreau intégré dans des verres soufflés bouche. Ces verres réalisés à la main dont la fabrication apporte une matérialité et une vibration qui contrastent avec la transparence et la géométrie des prismes.
Pour faire écho aux irisations des prismes, les parties supérieures des huit baies qui forment le transept sont composées de verres dichroïques. Ces verres, développés à l’origine par la NASA, sont recouverts sur les deux faces de fines couches métalliques qui leur donnent simultanément des qualités colorées et miroitantes. Leur couleur n’est jamais tout à fait fixe, elle varie selon l’endroit d’où on les regarde, mais aussi selon la lumière ambiante.
En 2013, le projet a été retenu par un comité de pilotage composé de membres de l’Église, de représentant de la DRAC et de personnes issues de différents champs artistiques.
Ce fut ensuite une longue période d’études de recherches et d’expérimentations. Des tests grandeur nature sont réalisés dans la cathédrale. Une baie d’essai est installée permettant de valider certains choix techniques. Les dessins évoluent également pour s’adapter aux nouveaux plans issus de la restauration.
Le chantier débute en janvier 2019 et la fabrication des vitraux a suivi la restauration des baies du transept pour s’achever à l’été 2025.
Ce fut pour moi l’occasion de travailler avec des corps de métiers singuliers : souffleurs de verre, tailleur de cristal, maîtres verriers, architectes du patrimoine, mais aussi avec toutes celles et ceux qui ont travaillé à la restauration des maçonneries. Toutes ces personnes apportant expériences et savoir-faire à un projet commun.

Les vitraux sont aujourd’hui profondément liés aux lumières extérieures. Lorsque le soleil apparaît, plusieurs éclats d’arc-en-ciel peuvent surgir dans l’espace de la cathédrale. Les jours plus gris, les prismes, composés de multiples facettes, accrochent la moindre lumière et prennent l’apparence de gouttes d’eau déposées sur une surface vitrée.
Au fil de la journée, les trilobes et les quadrilobes qui habillent la partie supérieure des baies changent eux aussi de couleur. À la différence de ce que l’on voit communément dans les vitraux, ceux de la cathédrale de Bayeux sont visibles de l’extérieur, ils apportent à l’édifice couleurs et miroitement. Les verres dichroïques peuvent projeter des reflets colorés sur les murs extérieurs de la cathédrale ou refléter le ciel bleu et les nuages normands.
Ainsi, les vitraux ne sont jamais tout à fait les mêmes. Ils se transforment avec le temps, avec la météo, avec la course du soleil et avec le déplacement du regard. De l’intérieur comme de l’extérieur, ils entretiennent un dialogue avec leur environnement.

Une publication rend compte du projet et des différentes étapes de fabrication.

Un film réalisé par Vincent Gérard est actuellement en cours de montage.

Remerciements spéciaux à David Guiffard, conseiller Arts visuels Drac Normandie jusqu’en 2024 maintenant inspecteur à la DGCA, pour son suivi attentif et généreux.

Au Pére Laurent Berthout, curé de la paroisse Notre-Dame-de-la-Délivrande, qui a soutenu le projet dès ces débuts. À Jérôme Beaunay, architecte des bâtiments de France, conservateur de la cathédrale de Bayeux jusqu’en 2023, actuellement chargé de la valorisation patrimoniale de la région Normandie.

À Luc Boegly, pour ses magnifiques photographies.

Photo : Luc Boegly.