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Vincent Pécoil - catalogue
de l'exposition Early Birds Bâle.
Par plusieurs aspects, le travail
de Véronique Joumard s’inscrit dans la filiation
de l’art dit « minimal » et « conceptuel ».
Ceci dit, encore faut-il bien s’entendre sur le sens de
cet héritage. Cela vaut moins pour l’emploi d’un
répertoire de formes empruntées au premier et à
l’utilisation de procédures propres au second que
pour l’invitation faite au spectateur à expérimenter
physiquement un espace, ou à s’interroger sur les
conditions d’apparition et de production de l’image.
En d’autres termes, pour le déplacement opéré,
par ces formes d’art, de l’attention du spectateur
de l’œuvre elle-même à son cadre contextuel :
cadre physique, mais encore technique, culturel, ou comportemental.
Parmi les éléments essentiels de
ce cadre, il faut compter la lumière. La lumière
a été, traditionnellement, en peinture, l’un
des sujets de l’art, notamment en tant que moyen pour composer
un espace. L’idée de prendre la lumière comme
un élément central de l’œuvre n’a,
en soi, rien de spécifique. Par contre, ce qui l’est
déjà plus, dans le cas de Véronique Joumard,
c’est la manière par laquelle son travail intègre
la modification substantielle survenue dans la production de la
lumière au siècle dernier. La lumière du
XXème siècle n’est plus une lumière
naturelle, rappelle-t-elle, c’est une lumière produite
industriellement. L’usage littéral de la lumière
électrique comme matériau et non plus comme sujet,
était également au centre du travail d’artistes
comme Dan Flavin. Mais au-delà de cet emploi direct de
la lumière, de sa présentation plutôt que
sa représentation, ce qui est notable dans le travail de
Véronique Joumard est la mise en évidence de sa
circulation, des éléments permettant son apparition
— câbles, prises de courant, comme dans la pièce
sans titre (globes de verre, ampoules, fils, 1993), ou les Tableaux-lumières
(1989), dans lesquels le câblage électrique circonscrit
le tableau, en formant le cadre : sa limite au sens formel,
mais aussi dans le sens d’une condition de possibilité.
La lumière, ici, produit la peinture, elle n’en est
plus un des effets.
De même, sans titre (prolongateurs, multiprises,
1990), composée uniquement de prolongateurs électriques
multiprises, qui sont comme des lignes descendues des murs, ou
plutôt des lignes « tirées »
du mur jusqu’au sol, dans l’espace physique du regardeur,
au sens où l’on « tire une ligne »
(électrique), mais aussi au sens classique de « tirer
un trait », comme un dessin passé dans les trois
dimensions.
Les pièces sont souvent « à
nu », dévoilant les fils, les douilles, tout
le matériel nécessaire à la production de
la lumière. Cette mise à nu de ses composants, de
la structure de l’œuvre, prend parfois l’allure
d’un véritable scénario de production (*)
[(*) une expression d’André
Chastel] de l’œuvre, comme dans Le chemin jusqu’à
l’image (télévision, éléments
électroniques, 1995). Dans un esprit comparable, en donnant
à voir l’image des trois couleurs primaires émanant
d’un projecteur vidéo (Vidéoprojecteur, 1997),
le sujet devient la source de lumière, en tant que condition
d’apparition et de réception de l’image. Décomposée
en trois couleurs primaires, la lumière apparaît
elle-même comme la plus « primaire »
des structures, élément principiel, celle dont procèdent
les couleurs, tout comme leur perception (*).
[(*) à ce propos, cf. Michel Gauthier, « Blind
Test », in Art Présence : « La
lumière est la condition a priori de toute expérience
visuelle. Montrer sa source — car, on finit parfois par
l’oublier, elle en a toujours une —, revient donc
donner à voir cela même qui donne à voir.
C’est sans doute dans cette perspective qu’il convient
de considérer les grandes photographies de soleils, lunes,
éclairs, ampoules électriques et autres vidéoprojecteurs
qui jalonnent l’œuvre de Véronique Joumard. »
]
Regarder la source lumineuse peut également
s’avérer avoir l’effet inverse que celui escompté,
comme avec la Ligne de lumière (1998). Ici, le parallélisme
avec l’idée d’une lumière principielle,
comme un soleil, à l’origine des couleurs, du visible,
mais qui peut difficilement être regardé soi-même,
est plus évidente encore. L’attention du regardeur
s’en trouve du coup déplacée : de l’œuvre
à son environnement, à son cadre contextuel. L’œuvre
ne se contente pas d’altérer, de modifier un espace,
mais porte un éclairage sur le contexte de son apparition,
et invite à regarder « autre chose qu’elle-même,
le réel non-artistique alentour (*). »
[ (*) Id, idem. ]
D’autres pièces, comme Les lumières de la
ville (1997), un film tourné dans différentes grandes
villes du Japon, invite à considérer les-dites lumières
comme un spectacle quasoi-abstrait. Il est composé d’une
succession de gros plans sur des enseignes lumineuses (enseignes
de magasins, publicités) qui illuminent la nuit. Ici, la
lumière est réduite à sa condition de visibilité.
La lumière, aux yeux de celui ou celle qui ne lit pas le
japonais, est la seule information véhiculée, faisant
basculer la forêt de signes en un spectacle abstrait et
hypnotique. Le spectateur (et l’artiste) se retrouvent dans
une position purement contemplative, semblable à celle
du petit chien de B’s Town (1973), la peinture de John Wesley,
face aux informations disséminées dans l’espace
urbain, transformées en un environnement purement abstrait.
Véronique Joumard dit être intéressée
par le moment de la décision du passage à l’abstraction
chez les peintres. On sait notamment que Kandinsky avait été
fasciné par la série des meules de Monet. En regardant
ces peintures, il avait eu la sensation que le sujet venait à
manquer, et, selon la légende qu’il avait lui-même
établie, pressentit à partir de ce moment la possibilité
d’une peinture purement abstraite. Certaines pièces
de Véronique Joumard, comme TGV vidéo (2002) ou
Les lignes du ciel, jouent de ce va-et-vient, de cette hallucination
du réel faisant émerger de la contemplation d’une
réalité triviale une image (ou une succession d’images)
abstraite(s). A regarder les câbles électriques par
la fenêtre panoramique du train, le sujet en vient à
nouveau à faire défaut.
Mais, inversément, d’autres pièces
de l’artiste semblent être une méditation sur
le passage de l’abstrait au figuratif. Dans Le chemin jusqu’à
l’image (1995), une minuscule image télévisée
apparaît comme l’aboutissement d’un réseau
de fils et de circuits imprimé. Si la pièce dévoile
une structure technique ordinairement cachée, elle n’explique
en rien comment ce qui est donné à voir peut « faire »
image. Bien au contraire, la pièce suscite délibérément
un trouble, une énigme, qui rappelle la nature énigmatique
des images formées en esprit, des images abstraites, en
un autre sens.
Mur-tableau (2001), un monochrome vert ardoise,
est un tableau abstrait garantissant par sa conception-même
le passage potentiel à la signification, à la figuration,
comme son retour à l’abstraction. On peut écrire
ou dessiner « au tableau », qui devient
une surface d’inscription provisoire. Mur-tableau est ainsi
une œuvre précaire, perpétuellement inachevée,
et produite collectivement. En tant que tel, il est aussi une
allégorie sur la portée sociale de l’art —
les héros-artistes sont fatigués, semble-t-il énoncer
à sa manière. Fatigués d’éduquer,
d’édifier, de donner des leçons. Ce sont les
regardeurs qui sont ici conviés à déterminer
la signification du tableau. Le Mur-tableau a également
ceci de commun avec les peintures thermosensibles qu’il
est un monochrome qui garde le souvenir, la trace d’une
première image. Des figures, des mots peuvent y être
inscrits et disparaître. Comme dans la série des
wanted men, les « treize fugitifs activement recherchés »,
sérigraphiés par Warhol pour décorer la façade
du pavillon de l’Etat de New York à l’exposition
universelle de 1964. Le travail de Warhol prenait bien sûr
à contre-pied l’attente des commanditaires, qui éspéraient
quelque chose de valorisant pour leur image, et certainement pas
l’expression de la répression qu’ils contribuaient
à mettre en œuvre. Conséquemment, les peintures
furent refusées. Mais plutôt que de les décrocher,
Warhol proposa de les remplacer par des portraits du président
de l’exposition universelle. Essuyant alors un nouveau refus,
il recouvrit tous les tableaux d’une couche de peinture
à l’aluminium. Une histoire comme une fable, où
il serait question du monochrome. Le monochrome conserve le souvenir
d’un événement, même si celui-ci n’est
pas directement perceptible, même s’ils ne le représente
pas.
Avec les Peintures thermo-sensibles, faites d’une
peinture orange réagissant à la chaleur, le monochrome
cesse d’être un « mono- » chrome,
justement, et laisse apparaître des images, des empreintes,
soit celles, abstraites, des flux de chaleur, soit les traces
d’objets ou de parties du corps (la couche de peinture orange
vire au jaune). Des empreintes fugaces, vouées à
disparaître. Le monochrome peut ainsi devenir une peinture
pariétale. La première peinture dans le genre était
d’ailleurs une commande publique pour un musée de
la préhistoire, en Dordogne. Une grotte moderne, dans laquelle
la paroi serait devenue sensible. La lumière et/ou la chaleur
permettent de marquer le mur, de marquer la surface sensible de
la peinture, qui conserve ainsi la trace de l’application
d’un corps, d’un courant d’air. Cessant d’être
un réceptacle neutre, la surface picturale devient une
surface sensible. En laissant les empreintes de ses mains, le
spectateur fait le tableau, en un sens physique – pas seulement
au niveau de son interprétation. Pour un temps, au moins.
Ce côté éphémère des peintures
thermosensibles se retrouve dans les tableaux irisés Surfaces
réflechissantes (2003) qui changent selon le l’éclairage
et selon la situation du regardeur vis-à-vis de la peinture.
Leur(s) couleur(s) rappelle ces couloris indéfinissables
de certaines voitures — marron-vert-noir, ou jaune-vert-bleu-gris
métallisés, par exemple.
Des peintures qui évoluent dans le temps,
qui changent d’aspect, des lumières qui se déclenchent
au passage des visiteurs, où lorsque ceux-ci émettent
un bruit, des pièces électriques qui racontent leur
origine : avec tous ces travaux, l’espace de l’art
se transforme discrètement en un plateau ou une scène,
une succession d’événements prenant place
dans le temps autant que dans l’espace. On sait la controverse
bien connue qui avait vu Michael Fried, un historien et critique
d’art, reprocher à l’art minimal d’être
“théâtral”, autrement dit de se préoccuper
de choses extrinsèques au médium “sculpture”
(ou peinture). Cette dimension de théâtralité
ou de mise en scène est ici parfaitement assumée.
Non plus seulement principe de composition ou matériau,
« lumière ! » prend aussi le
sens de l’exclamation signifiant la fin ou le début
du tournage d’une scène, au cinéma, ou la
lumière revenue à la fin du spectacle.
Cet effet dramatique est aussi produit par tous
les dispositifs qui créent une attente — l’attente
d’un événement, d’un coloris nouveaux.
Cet événement peut consister, aussi bien, en l’irruption
de quelqu’un dans le hors-champ du miroir de surveillance,
ou par le flash de lumière provoqué par cette irruption.
Le format allongé de certains miroirs (Miroirs, 2003),
leurs proportions qui évoquent l’idée d’une
vision « panoramique », a priori adaptée
à la représentation d’un paysage ou d’une
histoire, en renvoyant leur image aux visiteurs, interagissent
avec le spectateur, le placent « en représentation ».
Au-delà du renvoi conventionnel, interne à l’histoire
de l’art — à Duchamp (“ce sont les spectateurs
qui font le tableau…”) —, Véronique Joumard
convoque d’autres modèles que réflexifs pour
réfléchir à ce phénomène. Notamment
le modèle scientifique, où la seule observation,
dans des domaines comme la physique nucléaire, affecte
le comportement des objets observés.
Mais les miroirs en question ont comme particularité d’être
traités de manière à ne renvoyer une image
que de biais. Ils ne fonctionnent pas frontalement — ce
qui est bien sûr le mode naturel de fonctionnement des miroirs,
le mode le plus « attendu » de réflexion.
Décevant ainsi les attentes du spectateur, ils donnent,
de face, l’impression d’une sorte de brume (l’« impression »
ancêtre de l’abstraction). Le reflet n’est possible
que de biais, si le regardeur ne se trouve pas lui-même
face au plan du tableau. Comme dans certain tableau célèbre
d’Edouard Manet, le spectateur est le personnage absent,
le reflet manquant à la place où il devrait s’y
trouver. Et c’est comme par l’effet d’une perspective
faussée qu’il peut apercevoir une image réfléchie
dans le miroir, mais excluant la sienne.
Les Miroirs de surveillance, des miroirs sphériques
(sous forme de quart- et demi-sphères) rappellent eux l’utilisation
des miroirs convexes et des sphères dans la peinture de
la Renaissance et de la période baroque. A la différence
du miroir des Arnolfini, les miroirs de Véronique Joumard
ne sont pas là pour servir de témoin (au sens juridique),
mais dans un but de prévention — ils renseignent,
à l’origine du moins, puisque ce sont des objets
conçus pour la circulation routière, sur le fait
de savoir si l’on a le droit de passer. La pièce
témoigne de ce qui se passe hors-champ. Mais aussi, plus
proche de nous que Van Eyck, la manière dont ils sont agencés
les uns avec les autres (par exemple : l’un à
l’intersection du mur et du plafond, l’autre du sol
et du mur, l’un au-dessus de l’autre) peut évoquer
certains jeux de miroirs utilisés par Smithson, comme dans
ses Enantiomorphic Chambers (1965).
Aujourd’hui, la condition normale des miroirs
de sorcière, c’est d’être affecté
à la circulation. Il était donc naturel que cet
objet si central dans la peinture renaissante et, plus tard, maniériste,
se retrouve au carrefour de l’art et de la commande publique
(Vis-à-vis, 1995, commande publique dans le cadre du métro-bus
de Rouen, faite de huit miroirs circulaires convexes). Véronique
Joumard s’approprie ici un dispositif courant, « naturel »,
dans l’espace public, en utilisant ses possibilités
de manière exacerbée. Dans l’espace public
comme en peinture, le but de ces dispositifs est d’augmenter
le champ du visible, d’excéder le champ du tableau,
d’inclure un hors-champ ou de de refléter quelque
chose en dehors du plan pictural, comme dans les tableaux de Richard
Hamilton, Interior I et II, où le miroir réel ou
une surface en métal poli reflètent l’espace
du spectateur. L’avantage, en termes cliniques, étant
que là au moins personne n’est exposé au syndrome
de Stendhal — Cameron Diaz et Jude Law exceptés,
peut-être (*). [ (*) noms choisis
en fonction du programme TV le soir où ces lignes ont été
écrites. Le « syndrome de Stendhal »
est un terme psychiatrique servant à désigner la
pathologie dont sont atteints les visiteurs de musée surexposés
aux chefs-d’œuvres et ayant fait, en quelque sorte,
une overdose de « Beau »… ]
Trompe-l’œil inversé, le miroir
convexe renvoie le spectateur à l’espace réel,
à l’environnement de l’œuvre plutôt
qu’à elle-même. Dans l’exposition de
Bâle, la galerie de peintures irisées (les Surfaces
réflechissantes) et de glaces (les Miroirs) ont une fonction
d’ouverture. Fenêtres allégoriques, dialoguant
avec les fenêtres réelles du couloir, les pièces
intègrent le paysage extérieur dans l’exposition
(le hors-champ devient le champ). D’autres photographies
renvoient également à un paysage vu au travers d’une
baie vitrée, ou à un paysage vu à travers
des maisons en construction. Par leurs proportions, le rythme
qu’elles instaurent, ces images font écho aux ouvertures
réelles ou figurées que sont les fenêtres
et les miroirs. A ce titre, elles sont encore un clin d’œil
à la fonction de mises en abîme de ce type de motifs,
courants dans la peinture classique (tant occidentale qu’orientale).
Les photos d’un bâtiment inachevé sont aussi
comme une représentation anticipée de sa propre
décrépitude — une ruine à l’envers,
comme disait Smithson. Tout comme sans titre (Horloge), constituée
d’une horloge dont ne subsiste que la trotteuse, les photographies
expriment un temps vide, indéterminé ; non pas le
temps du récit, mais un temps seulement contemplatif, qui
serait celui du paysage.
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Vincent Pécoil - catalogue
de l'exposition Early Birds Bâle.
In many ways, Véronique Joumard’s
work follows in the traditions known as «Minimal»
and «Conceptual» art. Having said this, one must first
agree as to what exactly is meant by this heritage. It is not
so much the use of a repertoire of forms borrowed from the former
and procedures specific to the latter, as the invitation extended
to the viewer to experiment physically with a space, or to ponder
as to what is required for the image to appear and be produced.
In other words, it is the shift in the viewer’s attention,
through these art forms, from the work itself to its contextual
environment: physical environment, but also technical, cultural,
or behavioural.
Light is one of the essential components of this
environment. Traditionally, in painting, light has been one of
the subjects of art, notably a means of constructing space. In
itself, there is nothing novel about the idea of making light
a central element in a work. On the other hand, what is more so,
in Véronique Joumard’s case, is the way in which
her work integrates the substantial change that took place in
the production of light during the last century. Twentieth century
light is no longer natural light, she reminds us, it is industrially
produced light. The literal use of electric light as a material
and no longer as a subject, was also at the centre of the work
of artists such as Dan Flavin. But beyond this direct use of light,
its presentation rather than its representation, what is noteworthy
in Véronique Joumard’s work is the prominence she
gives to its circulation, to the elements that enable it to appear
— cables, electric plugs, as in Untitled (glass globes,
light bulbs, wires, 1993), or the Tableaux-lumières (1989),
where the electrical wiring defines the work by forming the frame:
its limit in the formal sense, but also in the sense of a condition
of possibility. Here, light produces the painting, it is no longer
one of its effects.
Likewise, Untitled (extension leads, adaptors,
1990), made solely of electric extension leads and adaptors that
are like lines «running» down the walls, in the sense
that one «runs an (electric) cable», or rather they
are like lines «drawn» from the wall to the floor,
in the classical sense of «drawing a line», within
the viewer’s physical space, like a three-dimensional drawing..
The works are often «stripped», revealing
wires, sockets, all the necessary material for the production
of light. This stripping down of its components, of the structure
of the work, occasionally takes on the appearance of a real production
scenario (*) [(*)André Chastel’s expression] of the
work, as in Le chemin jusqu’à l’image (television,
electronic components, 1995). Likewise, by showing the image of
the three primary colours emanating from a video projector (Vidéoprojecteur,
1997), the subject becomes the source of light, as the condition
of the appearance and reception of the image. Broken up into the
three primary colours, the light itself appears as the most «primary»
of structures, a principial element, origin of the colours, and
their perception (*). [(*) On this subject,
cf. Michel Gauthier, «Blind Test», in Art Présence,
n°41, p26-31: «Light is the a priori condition of any
visual experience. To show its source — since, we sometimes
forget, it always has one —, comes down therefore to showing
the very thing that shows.. Undoubtedly, it is in this perspective
that the large photographs of suns, moons, lightening, electric
light bulbs and other video projectors that punctuate Véronique
Joumard’s work should be considered..» ]
Looking at the light source may also prove to
have the opposite effect from the one expected, as with Ligne
de lumière (1998). Here, the parallelism with the idea
of a principial light, like a sun, the origin of colours, of the
visible, but that is itself hard to look at, is even more evident.
The viewer’s attention is thus shifted from it: from the
work to its surroundings, to its contextual environment. The work
is not content to alter, to modify a space, but throws light on
the context of its appearance and invites one to look at «something
other than itself, the surrounding non-artistic reality (*).»
[(*) Id., Ibidem.]
Other works, such as Les lumières de la
ville (1997), a film shot in various large cities in Japan, invite
us to look upon the said lights as a quasi-abstract spectacle.
The film is made up of a series of close-up shots of neon signs
(shop signs, advertising signs) that illuminate the night. Here,
light is reduced to its condition of visibility. Light, in the
eyes of a viewer unable to read Japanese, is the only information
conveyed, turning the forest of signs into an abstract and hypnotic
spectacle. The viewer (and the artist) find themselves in a purely
contemplative position, similar to that of the little dog in B’s
Town (1973), the painting by John Wesley, faced with information
disseminated into the city space, transformed into a purely abstract
environment.
Véronique Joumard herself says she is
concerned with that point in time when painters decide to turn
to abstraction. We know in particular that Kandinsky was fascinated
by the series of haystacks by Monet. Looking at these paintings,
he got the feeling the subject was running out and, according
to the legend he himself established, it was from this moment
on that he sensed the possibility of purely abstract painting.
Some of Véronique Joumard’s works, like TGV video
(2002) or Les lignes du ciel, use this toing and froing, this
hallucination of reality that causes an abstract image (or series
of images) to emerge from the contemplation of a commonplace reality.
Looking at the electric cables through the panoramic window of
the train, the subject once again is running out.
But, conversely, other works by the artist would
seem to be a meditation on the transition from abstract to figurative.
In Le chemin jusqu’à l’image (1995), a minute,
televised image appears as the result of a network of wires and
printed circuit boards. If the work reveals a technical structure
that is usually hidden, it by no means explains how what is shown
can «make» an image. Quite the reverse, the work intentionally
creates confusion, an enigma, recalling the enigmatic nature of
images formed in one’s mind, abstract images, in other words.
Mur-tableau (2001), a slate-green monochrome,
is an abstract painting that guarantees, by its very conception,
the potential transition to signification, figuration and its
return to abstraction. One can write or draw «on the board»,
which becomes a surface for temporary inscription. Mur-tableau
is therefore a precarious work, perpetually unfinished, and collectively
produced. As such, it is also an allegory on the social consequences
of art — the artist-heroes are tired, it would seem to be
saying, in its own way. Tired of educating, enlightening, teaching
lessons. It is the viewers here who are invited to establish the
signification of the painting. The Mur-tableau has this in common
with the thermosensitive paintings: it is a monochrome that retains
memories, traces of earlier images. Figures, words can be inscribed
there and disappear. Like the thirteen Most Wanted Men, screenprinted
by Warhol to decorate the façade of the New York State
pavilion at the 1964 World’s Fair. Warhol’s work was
of course just the opposite of what the sponsors expected. They
were hoping for something that would enhance their image and certainly
not the expression of the repression to which they were contributing.
Consequently, the paintings were refused. But rather than take
them down, Warhol suggested replacing them with portraits of the
president of the World’s Fair. Meeting with yet another
refusal, he covered all his paintings with a layer of aluminium
paint. A story like a fable, about the monochrome. The monochrome
preserves the memory of an event, even if the event is not directly
perceptible, even if it does not represent it.
With Peintures thermosensibles, made of an orange
paint that reacts to light or touch, the monochrome ceases to
be a «mono» chrome and lets images, imprints appear,
either those, abstract, of heat flows, or the traces of objects
or body parts (the layer of orange paint turns to yellow). Fleeting
imprints, destined to disappear. The monochrome can thus become
a wall painting. The first painting of this kind was moreover
a public commission for a prehistoric museum in the Dordogne.
A modern cave, where the wall became sensitive. Light and/or heat
allow one to mark the wall, to mark the sensitive surface of the
paint, which thus preserves the trace of the pressure of a body,
a current of air. Ceasing to be a neutral receptacle, the pictorial
surface becomes a sensitive surface. By leaving one’s handprints,
the viewer makes the painting, in a physical sense – not
just on an interpretation level. For a while, at least. This ephemeral
side of the thermosensitive paintings can also be found in the
iridescent paintings, Surfaces réfléchissantes (2003)
that change according to the lighting and the position of the
viewer vis-à-vis the painting. Their colour(s) remind us
of those indefinable colours of certain cars — metallic
brown-green-black, or yellow-green-blue-grey, for example.
Paintings that evolve with time, whose appearance
changes, lights that come on as visitors pass by, or when they
make a noise, electrical works that tell their story: with all
these works, the art space quietly changes into a set or a stage,
a series of events taking up room in time as well as in space.
We are aware of the well-known controversy whereby Michael Fried,
an historian and art critic, criticised Minimal art for being
“theatrical”, in other words for concerning itself
with things extrinsic to the “sculpture” (or paint)
medium. This dimension of theatricality or stagecraft is perfectly
accepted here. No longer just a principle of construction or a
material, «light!» also takes on the meaning of the
exclamation that signifies the end or the beginning of the shooting
of a scene in the cinema, or the lights that come up at the end
of a show.
This dramatic effect is also produced by all
the devices that serve to create expectation — the expectation
of an event, a fresh colour. This event might just as well consist
of someone bursting into the out-of-field of the security mirror,
or by the flash of light provoked by this bursting in. The elongated
format of certain mirrors (Miroirs, 2003), their proportions that
conjure up the idea of a «panoramic» vision a priori
adapted to the representation of a landscape or a story, by reflecting
the visitors’ images, interact with the viewer, make him
«play a role». Beyond the conventional reference intrinsic
to art history — to Duchamp (“it is the viewers who
make the painting…”) —, Véronique Joumard
summons models other than those intrinsic to art history to reflect
this phenomenon. Notably, the scientific model, where observation
alone, in fields such as nuclear physics, affects the behaviour
of the objects observed.
But the particularity of the mirrors in question
is that they are treated in such a way so as to reflect an image
at an angle only. They don’t function frontally —
which is of course the normal mode of functioning of a mirror,
the most «expected» mode of reflection. Thus disappointing
the viewer’s expectations, when he stands in front of them,
they give the impression of a sort of mist (the «impression»
that is the precursor of abstraction). A reflection is only possible
at an angle, if the viewer is not himself facing the surface of
the painting. As in a certain famous painting by Edouard Manet,
the viewer is the absent one, the reflection missing from the
place where it should be. And, by some effect of distorted perspective,
he can see an image reflected in the mirror, but his own is excluded.
The security mirrors, spherical mirrors (in the
form of quarter- and half-spheres) remind us of the convex mirrors
and spheres used in Renaissance painting and Baroque. Unlike the
Arnolfini’s mirror, Véronique Joumard’s mirrors
are not there to act as witnesses (in a legal sense), but their
purpose is prevention — they inform, originally at least,
since they are objects designed for road traffic, as to whether
it is safe to cross over. The work indicates what is happening
out-of-field. But also, closer to us than Van Eyck, the way they
are arranged in relation to one another (for example: one at the
intersection of the wall and ceiling, the other at the intersection
of the floor and wall, one above the other) might call to mind
certain mirror-images used by Smithson, in his Enantiomorphic
Chambers (1965) for example.
Today, convex mirrors are usually allocated to
road traffic. It is only natural therefore that this object, so
central to Renaissance painting and, later, Mannerist painting,
be found at the crossroads of art and public commissions (Vis-à-vis,
1995, public commission within the context of Rouen’s underground-bus,
made of eight circular convex mirrors). Here, Véronique
Joumard appropriates a standard, «natural» device
in the public space by using its potential in an intensified way.
In the public space, as in painting, the purpose of these devices
is to increase the field of visibility, to go beyond the painting,
to include an out-of-field or to reflect something outside of
the pictorial plane, as in Richard Hamilton’s Interior I
and II, where a real mirror or a surface in polished metal reflects
the viewer’s space. The advantage, in clinical terms, being
that, there, at least, no one is exposed to Stendhal’s syndrome
— Cameron Diaz and Jude Law excepted, perhaps (*).
[(*) Names chosen according to
the TV programme on the evening these lines were written. «Stendhal’s
syndrome» is a term used in psychiatry to designate the
pathology that affects museum visitors overexposed to masterpieces
and who have had, in a way, an overdose of «Beauty»…]
Trompe-l’œil reversed, the convex
mirror reflects the viewer to the real space, to the work’s
surroundings rather than to itself. In the Basle exhibition, the
gallery of iridescent paintings (Surfaces réflechissantes)
and mirrors (Miroirs) acts as an opening. Allegorical windows
entering into dialogue with the corridor’s real windows,
the works integrate the outside landscape into the exhibition
(the out-of-field becomes the in-field). Other photographs also
show us a landscape seen through a bay window, or a landscape
seen through houses under construction. By their proportions,
the rhythm they impose, these images echo the real or represented
openings that are the windows and mirrors. As such, they are yet
another allusion to the mise en abyme function of this type of
motif, common to classical painting (both Western and Oriental).
The photographs of an unfinished building are also like an anticipated
representation of its own decay — a ruin the wrong way round,
as Smithson used to say. Just like Untitled (Horloge), made up
of a clock of which only the second hand remains, the photographs
express an empty, indeterminate time; not the time of a narrative,
but a solely contemplative time, that of the landscape..
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